Je voudrais proposer une série de réflexions pour aider à comprendre ce qui se passe depuis quelques années dans ce pays (et peut-être dans presque tous les pays développés) en matière de travail, l’intention qui sous-tend ces politiques et ce que nous pouvons faire pour changer cette situation.
Il y a encore quelques décennies, tout jeune entrant sur le marché du travail gagnait suffisamment d’argent pour vivre de manière indépendante et dans la dignité.
Cet argent leur permet de payer une hypothèque ou un loyer pour un appartement modeste, la nourriture, l’électricité, le téléphone, etc.
Après la création délibérée de la dernière bulle immobilière (vers 2008) et au prétexte d’une CRISE ÉCONOMIQUE majeure provoquée par cette bulle, ils en ont profité pour mettre en place des réformes du travail qui ont légalisé des conditions d’embauche jusqu’alors impensables.
Ces réformes du travail ont permis
– Licenciement libre, avec l’incorporation de la cause de licenciement « baisse continue et volontaire des performances du travailleur ». Aucun juge ne remettra en question ou n’enquêtera sur ces causes, ce qui permet aux entreprises, après avoir reconnu le caractère injuste du licenciement et payé une indemnité, de procéder au licenciement du travailleur.
Avant ces réformes, il était très difficile de licencier un travailleur sous contrat à durée indéterminée sans qu’il ait commis une faute très grave justifiant ce licenciement.
Ces licenciements étaient nécessaires car les employés licenciés (avec des conditions décentes) constituaient un mauvais exemple et une référence dangereuse pour les nouveaux embauchés. En éliminant ces employés, on empêchait les jeunes de se demander pourquoi, alors qu’ils accomplissaient des tâches similaires à celles d’employés plus anciens, ils recevaient des salaires bien inférieurs.
– Réduire considérablement le montant des indemnités de licenciement, rendant ces licenciements « beaucoup plus rentables » pour les entreprises qui les pratiquent.
– Des contrats à la carte avec des modalités contractuelles totalement surréalistes, telles que des contrats à durée déterminée et discontinue, des contrats à temps partiel et des contrats avec des horaires de travail irréguliers.

Où sont les syndicats qui demandent la suppression de ces contrats ?
On ne les voit nulle part et on ne s’attend pas à ce qu’ils apparaissent.
Ces nouveaux types de contrats permettent de contourner le salaire minimum prévu par le « salaire minimum interprofessionnel », qui, bien que totalement insuffisant, est supérieur aux salaires que perçoivent de nombreux jeunes. Ils permettent également d’aménager l’emploi du temps du travailleur sans presque aucune restriction.
– Suppression de millions d’emplois remplacés par les nouvelles technologies et les machines automatisées, avec pour conséquence l’appauvrissement de nombreuses personnes licenciées, et l’exonération de ces nouveaux emplois (exercés à distance et/ou par des machines robotisées) des impôts qui compenseraient la perte de l’argent collecté sur les salaires des travailleurs remplacés. Ces revenus sont utilisés pour payer les pensions et les services publics tels que la santé et l’éducation.
Avec cette réduction des recettes fiscales, ils ouvrent la voie à la justification des réductions des pensions, qui dans de nombreux cas sont bien supérieures à ces salaires de misère et qui, pour être payées, ne peuvent être couvertes par les revenus des travailleurs actifs.
Je connais des jeunes qui travaillent dans des conditions très précaires, qui ne gagnent pas plus de 900 euros par mois et dont les emplois, avant 2008, étaient appréciés et bien rémunérés.
L’objectif de ces politiques n’est autre que l’élimination de la classe moyenne, laissant derrière elle une minorité de travailleurs esclaves mal payés, une partie importante de la population sans travail recevant un salaire minimum universel que vous recevrez tant que vous vous comportez bien, que vous faites ce que le système vous dit de faire et que vous ne protestez pas, et une élite minoritaire (protégée par nos représentants politiques) bénéficiant de privilèges et de ressources illimités.
Ces politiques n’affectent pas seulement les jeunes qui les subissent, mais nuisent aussi considérablement aux économies fragiles de leurs parents et des membres de leur famille immédiate qui doivent aider leurs enfants à joindre les deux bouts.
La question qui se pose est la suivante :
Que pouvons-nous faire face à cette situation ?
Comme solutions, nous pourrions suggérer :
– Ne pas collaborer à l’exploitation des travailleurs dont nous savons qu’ils travaillent dans des conditions précaires.
Prenons garde aux achats en ligne, qui réduisent considérablement le nombre d’emplois et font appel à des travailleurs (chauffeurs-livreurs) exploités dans les conditions décrites ci-dessus. N’achetons pas en ligne, même si c’est un peu moins cher, si nous pouvons acheter le produit dans un magasin avec du personnel.
– Effectuer des paiements en espèces qui ne génèrent pas de commissions bancaires pour les commerçants, qui ne permettent pas de tracer nos habitudes d’achat et qui empêcheront la mise en place des monnaies numériques et de tout ce qu’elles impliquent (CDBC).
– Ceux d’entre nous qui travaillaient avant 2008 ont l’obligation de transmettre leurs expériences et leurs connaissances à ces jeunes, car ils ne les connaissent pas et ne peuvent pas les imaginer, et donc ne les demanderont pas. Leur transmettre ce que j’ai mentionné au début de ce document (un travailleur d’il y a 20 ou 30 ans était financièrement indépendant) et leur faire remarquer que la situation actuelle est injustifiable et qu’elle est le résultat de décisions prises par quelques privilégiés dans le monde (la mal nommée élite), soutenus par des politiciens qui ne nous représentent en aucune façon.
– N’acceptez pas la situation en disant ce que le système veut que vous disiez, « c’est comme ça et on ne peut pas changer les choses ». Lorsque nous acceptons la situation, nous collaborons inconsciemment avec elle et la mal nommée « élite » ne viole pas notre libre arbitre, puisque ces mesures sont acceptées volontairement. Même si c’est difficile à croire, ils ne peuvent pas violer notre « libre arbitre » sans conséquences. Il suffit de penser que même pour insérer un cookie sur votre ordinateur, ils ont besoin de notre approbation et de notre consentement.
Nous devons exprimer notre mécontentement à nos amis, à notre famille et sur les médias sociaux, en déclarant que NOUS NE SOMMES PAS D’ACCORD AVEC CES CONTRATS DE TRAVAIL.
Enfin, il faut souligner que nous vivons un changement majeur du système actuel. De ce changement peut naître une nouvelle humanité beaucoup plus juste et équitable ou un système dictatorial sans précédent dans l’histoire.
La question est la suivante :
Quel système souhaitez-vous pour vous et vos enfants ?
Antonio Pérez





