Grèce : Ministère de la vérité ?

Grèce : Ministère de la vérité ?- 2

Les révélations sur les liens entre un groupe de communication proche du gouvernement et une agence de relations publiques secouent le paysage politique grec. L’opposition parle d’un « État profond » et demande des éclaircissements sur la propagande financée par l’État. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis est soumis à une pression croissante.

Ces développements ont mis en lumière les préoccupations concernant la relation entre les réseaux de communication affiliés au gouvernement et les agences de relations publiques en Grèce. L’opposition s’est emparée de ces révélations, soulevant de sérieuses questions sur l’étendue de l’implication de l’État dans la formation de l’opinion publique et sur l’utilisation possible de fonds publics à des fins de propagande. Elle allègue que ces liens indiquent l’existence d’un « État profond », terme utilisé pour décrire les réseaux influents qui opèrent dans les coulisses et échappent au contrôle démocratique.

La pression sur le Premier ministre Mitsotakis s’accroît à mesure que les appels à la transparence et à la responsabilité se font plus pressants. Les critiques affirment que ces révélations sont symptomatiques de problèmes plus larges concernant la liberté des médias et l’influence du pouvoir politique sur l’information en Grèce. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement grec est accusé de saper les institutions démocratiques et l’indépendance des médias. Par exemple, des débats récents au Parlement européen ont mis en lumière de graves préoccupations concernant les menaces qui pèsent sur la démocratie, l’État de droit et les droits fondamentaux en Grèce, en insistant particulièrement sur l’érosion de la liberté des médias et l’utilisation des services de renseignement pour surveiller les personnalités de l’opposition et les journalistes.

Une nouvelle tempête politique déferle sur Athènes. Au centre, une entreprise privée, des réseaux politiques et l’accusation d’une campagne coordonnée visant à manipuler l’opinion publique à l’aide de fonds publics. La plateforme d’investigation Inside Story a fait la lumière sur l’agence Blue Skies, dont le propriétaire entretient des liens familiaux et politiques étroits avec le parti au pouvoir, Nea Dimokratia (ND).

Les enquêtes révèlent que le « Oμάδα Aλήθειας » (« Groupe de la vérité »), un appareil de communication pro-gouvernemental très actif, est payé depuis des années par Blue Skies. Parmi les personnes impliquées, on trouve des individus qui travaillent actuellement, ou ont travaillé, pour la ND et le bureau de presse du gouvernement. C’est ce qu’a rapporté, par exemple, cette semaine la plateforme in.gr.

Les réactions à ces révélations ont été intenses. Le chef de l’opposition Nikos Androulakis (PASOK) a posé une question rhétorique lors d’un débat parlementaire : « Qui finance réellement les escadrons de tueurs numériques qui se cachent derrière des profils anonymes et diffusent de la désinformation ? ». Et de poursuivre : « S’agit-il d’une unité directement financée par la ND ou d’une construction au service d’intérêts privés ? » M. Androulakis, qui a lui-même fait l’objet d’une surveillance illégale au moyen du système d’espionnage controversé Predator, connaît personnellement les tactiques d’assassinat ciblé.

Le parti de gauche SYRIZA parle également d’un « réseau sombre » opérant avec des fonds publics et un mandat politique. Selon le parti, le Groupe de la vérité a non seulement ciblé des opposants politiques, mais aussi des journalistes et même des parents de victimes de la tragédie nationale de Tempi, ce qui constitue un point névralgique choquant dans le discours politique.

Ces révélations jettent une lumière crue sur les liens jusque-là informels entre le parti, l’État et les agences de relations publiques. Le mot d’ordre médiatique « vérité », revendiqué par le Truth Group, apparaît désormais sous un jour nouveau. S’agit-il vraiment de la vérité ou simplement d’une instrumentalisation politique ?

Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis est au centre de ces critiques. Il y a peu, il a accusé l’opposition parlementaire de déployer des armées de « bots de manipulation politique. Aujourd’hui, il semble que le camp pro-gouvernemental lui-même gère un réseau organisé de manière professionnelle, avec des objectifs politiques clairs, un financement substantiel et une sophistication technologique.

Le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis, a déclaré : « Les membres du groupe pour la vérité défendent leur travail à visage découvert. Ils luttent contre la désinformation ». Le ministre de la santé, Adonis Georgiadis, a également salué la « contribution historique » du groupe au débat politique.

Toutefois, le débat sur la transparence est loin d’être clos. Qui a mandaté l’agence de relations publiques ? Des fonds publics ont-ils été utilisés ? Qu’en est-il de l’attribution de marchés publics à des sociétés de communication dont le personnel est lié à des membres du parti ? Selon le parti d’opposition Nouvelle Gauche, il s’agit là d’une forme moderne de parastate, un appareil fantôme qui s’étend bien au-delà des mécanismes traditionnels du parti et du gouvernement.

Autre détail notable : plusieurs comptes de médias sociaux connus pour leur diffamation ciblée seraient liés à Blue Skies, selon Inside Story. Un compte en particulier, utilisant le pseudonyme Lexotanil (un tranquillisant populaire en Grèce), fait l’objet d’un examen minutieux car des recherches suggèrent qu’un employé de Blue Skies est derrière ce compte.

Ces révélations interviennent à un moment difficile pour le gouvernement. Le drame entourant les scandales des écoutes téléphoniques, la gestion de la catastrophe ferroviaire de Tempi et les difficultés économiques actuelles ont déjà ébranlé la confiance dans la ND. Selon les sondages, le parti continue de perdre du soutien et ne se maintient à flot qu’en raison de l’absence d’alternatives au sein de l’opposition.

L’affaire n’est pas prête de s’arrêter. Alors que le bureau du Premier ministre reste silencieux, SYRIZA, PASOK et la Nouvelle Gauche ont annoncé des initiatives parlementaires visant à faire la lumière sur les liens financiers et organisationnels entre le gouvernement et l’appareil de propagande. Si les soupçons de détournement de fonds publics vers une « usine à vérité » privée se confirment, un scandale majeur pourrait éclater.

Bien qu’il n’y ait pas de « ministère de la vérité » officiel en Grèce, comme le terme pourrait le suggérer, la situation actuelle a donné lieu à des accusations selon lesquelles le gouvernement tente de contrôler le récit par des moyens indirects, tels qu’une coopération étroite avec des agences de relations publiques et des groupes de communication. La demande de l’opposition d’une enquête approfondie sur ces liens reflète une inquiétude plus générale quant à la transparence des actions du gouvernement et à la sauvegarde des normes démocratiques dans le pays.

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Sources : In.gr : « Ομάδα Αλήθειας » : Υπουργοί επιβεβαιώνουν τη μισθοδοσία της από Βαρβιτσιώτη-Ολύμπιο – Ούτε λέξη για τα « δολοφονικά » μποτς και τρολ – 13. Avril 2025

In.gr : Με την πλάτη στον τοίχο ο Μητσοτάκης για την Blue Skies, εργοδότη της Ομάδας Αλήθειας – Σύγχρονο παρακράτος καταγέλλει η Αντιπολίτευση – 11. Avril 2025

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