L’Union européenne a approuvé l’accord de libre-échange du Mercosur, longtemps retardé. Après des concessions de dernière minute au lobby agricole, l’Italie a renoncé à son opposition, ouvrant ainsi la voie à la création d’une nouvelle zone de libre-échange regroupant plus de 700 millions de personnes. Bien que l’accord vise à stimuler le commerce et l’industrie, il continue de se heurter à la résistance des agriculteurs et des groupes de défense de l’environnement.
Source : RT : RT, 9 janvier 2025
Après plus d’un quart de siècle de négociations difficiles, l’UE a ouvert la voie à l’un des plus grands accords commerciaux au monde. Une majorité qualifiée des 27 États membres a voté en faveur de la signature de l’accord avec le bloc sud-américain Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), ont confirmé des diplomates aux agences de presse internationales vendredi à Bruxelles.
L’accord créera une zone de libre-échange englobant plus de 700 millions de personnes et représentant environ 20 % du commerce mondial. Pour les industries européennes orientées vers l’exportation, il s’agit d’une percée stratégique. Pour de nombreux agriculteurs, en revanche, il s’agit d’un choc politique.
L’Italie sort de l’impasse
L’avancée s’est faite au dernier moment. Il y a quelques semaines encore, l’accord avait été bloqué par une minorité de blocage des États membres de l’UE. La France et la Pologne s’y étaient opposées très tôt, tandis que l’Italie avait tenu bon jusqu’à peu de temps avant le vote, exigeant des garanties supplémentaires pour les agriculteurs européens.
Rome n’a accepté de soutenir l’accord qu’après que la Commission européenne a présenté de nouvelles mesures de sauvegarde et de soutien financier pour le secteur agricole. Avec l’approbation de l’Italie, la majorité qualifiée nécessaire à l’adoption a été atteinte, donnant au Conseil le feu vert pour la signature officielle.
À Bruxelles, l’accord est perçu non seulement comme un projet économique, mais aussi comme une déclaration géopolitique. L’UE affirme délibérément son engagement en faveur de l’ouverture des marchés à un moment où Washington, sous la houlette du président Donald Trump, continue de mener une politique commerciale protectionniste.
Un coup de pouce pour les industries clés
L’accord supprimera progressivement la plupart des droits de douane et des barrières commerciales entre les deux blocs. Les industries européennes de base devraient en bénéficier le plus.
Actuellement, les voitures exportées vers les pays du Mercosur sont soumises à des droits d’importation pouvant aller jusqu’à 35 %, droits qui seront presque entièrement supprimés dans les années à venir. Les secteurs de l’ingénierie mécanique, de la chimie et de la pharmacie réclament depuis longtemps la conclusion de l’accord.
Selon la Commission européenne, les exportations vers l’Amérique du Sud pourraient augmenter de 39 %, ce qui équivaut à une hausse annuelle des échanges d’environ 49 milliards d’euros. L’accord pourrait contribuer à garantir ou à créer plus de 440 000 emplois en Europe.
Les agriculteurs pris entre protection et méfiance
Les groupes agricoles ne sont pas convaincus. Les agriculteurs français, polonais et autrichiens craignent une forte pression sur les prix due aux importations sud-américaines moins chères de bœuf, de volaille, de sucre et d’éthanol. Rien qu’en 2024, l’UE a importé plus de 200 000 tonnes de bœuf en provenance des pays du Mercosur.
Pour limiter le mécontentement, l’UE a mis en place des mécanismes de sauvegarde étendus. Les produits sensibles seront soumis à des quotas d’importation, à une surveillance stricte et à la possibilité de suspendre les réductions tarifaires en cas de perturbation du marché. La Commission présentera également tous les six mois des rapports sur l’impact des importations.
Les fonctionnaires de Bruxelles soulignent que toutes les normes de l’UE en matière d’environnement, de bien-être animal et de sécurité alimentaire s’appliqueront aux importations en provenance des pays du Mercosur. Les critiques doutent toutefois que ces normes puissent être effectivement appliquées, notamment en ce qui concerne la déforestation et l’impact sur le climat dans la région de l’Amazonie.
Cérémonie de signature au Paraguay
La cérémonie officielle de signature devrait avoir lieu dans les prochains jours au Paraguay, qui assure actuellement la présidence du Mercosur. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, y assisteront au nom de l’UE.
Bien que l’accord doive encore être officiellement ratifié, le processus politique est considéré comme achevé. Ce qui reste, c’est un profond fossé entre l’industrie et l’agriculture, les libre-échangistes et les protectionnistes. Pour les dirigeants européens, l’accord marque une affirmation historique de l’indépendance économique de l’Europe ; pour de nombreux agriculteurs, il marque le début d’une nouvelle lutte pour la survie.





