Les allégations contre Federica Mogherini font trembler Bruxelles. Le Parquet européen prouve aujourd’hui que les forteresses d’immunité de l’Europe ne sont plus intouchables. Bruxelles vit un moment de choc politique comme la politique européenne en a rarement connu.
Source : Transition News, 03 décembre 2025
Les enquêteurs belges ont mis au jour un réseau présumé de corruption, au centre duquel se trouve Federica Mogherini, ancienne haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, ancienne vice-présidente de la Commission et aujourd’hui rectrice du Collège d’Europe. À ses côtés, Stefano Sannino, ancien haut fonctionnaire du Service européen d’action extérieure (SEAE), et un cadre supérieur du Collège ont été arrêtés. Tous trois ont été relâchés depuis, mais les soupçons restent sérieux.
Le Parquet européen (OEPP) enquête sur des accusations de fraude aux marchés publics, de corruption, d’abus de pouvoir et de fuite d’informations confidentielles. Au cœur de l’enquête se trouve l’Académie diplomatique européenne, un projet de prestige très médiatisé d’une valeur de plusieurs millions d’euros. Le soupçon : des informations privilégiées provenant du SEAE auraient été transmises délibérément au collège de Mme Mogherini, ce qui aurait permis à l’institution d’obtenir des contrats lucratifs de l’Union européenne. Pour les enquêteurs, de nombreux signes indiquent une manipulation systématique qui pourrait avoir détourné des fonds publics au profit d’une élite dirigeante de l’UE très soudée.
Ce qui rend l’affaire particulièrement explosive, c’est qu’au cours des dernières années, peu de groupes dans l’UE ont fait autant de discours sur la transparence, l’État de droit et la lutte contre la corruption que ceux-là mêmes qui se trouvent aujourd’hui dans le collimateur. Les gouvernements d’Europe de l’Est parlent déjà de « pure hypocrisie ». Les critiques se sentent confirmés dans leur position: les supposées autorités morales de l’UE semblent bien moins inattaquables qu’elles ne le prétendent.
Cependant, au moins une institution européenne fait preuve de fermeté dans ce scandale : le Parquet européen. Son approche a été déterminée, transparente et intransigeante. Les immunités ont été levées, les bureaux perquisitionnés, les responsables interrogés – sans tenir compte de leur rang, de leurs anciennes fonctions ou de leurs réseaux politiques. L’OEPP fait ce qui manque depuis longtemps à de nombreux citoyens européens : il démontre que même les plus hauts responsables ne sont pas au-dessus de la loi.
Alors que Mme Mogherini et les autres suspects rejettent les graves allégations, les procureurs continuent à travailler pour clarifier l’affaire. Le Parlement européen réclame déjà une transparence totale. Une chose est sûre : cette affaire laissera des traces profondes dans l’architecture politique de l’UE.
Si l’Europe doit tirer une leçon de ce séisme de corruption, c’est la suivante : la confiance ne naît pas de discours dominicaux sur les valeurs – elle est bâtie par des autorités désireuses de demander des comptes, même aux acteurs les plus puissants, de manière cohérente. C’est précisément ce que fait l’OEPP. Et c’est précisément ce dont l’UE a besoin, aujourd’hui plus que jamais.
Depuis des années, la procureure générale roumaine Laura Kövesi démontre à quel point la corruption et la criminalité financière sont enracinées dans tous les États membres de l’UE – d’après son expérience, aucun pays n’est vraiment « propre ». En tant que chef de l’OEPP, elle mène des enquêtes transfrontalières pour mettre au jour des fraudes se chiffrant en milliards, qu’il s’agisse de subventions, de fraude à la TVA ou de détournement de fonds européens, et elle n’hésite pas à s’attaquer aux gouvernements et aux hommes politiques de haut rang.
Son travail a même conduit, en Grèce, à la découverte de défaillances fatales qui ont contribué à l’accident de train mortel de 2023. Mme Kövesi, qui a déjà traduit en justice des centaines d’hommes politiques et de fonctionnaires en Roumanie et s’est heurtée à une résistance massive, considère la corruption comme une menace pour la vie, l’État et la démocratie, et souligne que seul un système judiciaire indépendant peut rétablir la confiance du public.





